
« Il manquait un visage à la femme que j’habille» Yves Saint Laurent.
Un teint pur et lumineux,
Des joues fraîches,
Un regard souligné,
Des cils gainés,
Un sourire laqué…
Love, 1992
Gouache sur papier
© 2004 Fondation Pierre Berger - Yves Saint Laurent
La gamme des produits présente dès son lancement, organisé chez Maxim’s le 18 mars 1978, 80 références, toutes parées de ces boîtiers précieux aux angles vifs, aux bases carrées et aux volumes épurés quasi inchangés depuis trente ans. Le déclic à l’ouverture, les poils des pinceaux en poney, l’épaisseur du verre des flacons: chaque élément a été soigneusement étudié pour inspirer le luxe dans le moindre détail. «Les prix, au départ, étaient d’ailleurs très élevés: à peu près le double de ce que proposaient d’autres maisons de luxe comme Dior», souligne Yannick Vaudry, international make-up artist chez YSL Beauté, présent dans la maison depuis 1984.

Roses indiens, verts émeraude, bleus vifs, les teintes rompent avec les tons classiques de l’époque, souvent irisés, peu intenses, et difficiles à appliquer. «Ce maquillage était très pigmenté et d’une qualité exceptionnelle, raconte Katoucha, ancienne top-modèle et égérie d’Yves Saint Laurent. Chaque année, les mannequins choisissaient ce qu’elles voulaient, recevaient leur stock personnel et n’utilisaient que cela. J’ai gardé jusqu’à aujourd’hui le style Saint Laurent, avec les yeux charbonneux et une bouche très rouge. Quant au maquilleur de l’époque, José Luis, je me souviens qu’il nous recourbait les cils avec une cuillère. Il avait des méthodes d’application bien à lui.» Ce make-up artist chilien avait été en effet été choisi pour mettre au point une technique propre à la marque. «Elle consistait à tracer un contour au crayon noir, une sorte de goutte qui commençait au ras des cils et s’étendait vers l’extérieur de la paupière et qu’il estompait à la verticale, explique Yannick Vaudry. Il posait ensuite l’ombre à paupière façon oeil de biche exagéré, en remontant très haut vers le coin externe de l’arcade sourcilière.» Aujourd’hui, ce regard étiré à l’infini nous renvoie immédiatement aux années 1980. Ce fameux tracé de crayon évoluera d’ailleurs beaucoup au cours des deux décennies suivantes.
Aujourd’hui, Val Garland, nouvelle conseillère artistique pour le maquillage, apporte sa touche à la grande saga de la beauté Yves Saint Laurent. Pour le printemps, elle a imaginé une palette Pop qui s’ouvre sur un motif floral. Sur le fard, le mot «love» s’inscrit en lettres roses. Comme pour poursuivre cette histoire d’amour unissant le grand visionnaire de la mode à toutes les femmes qui ont fait de l’audace un style à part entière.
